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Après nos chers collègues Lev Semionovitch Vygotski (psychologue1896 -1934), Jean William Fritz Piaget (psychologue 1896 -1980), David Ausubel (psychologue 1918 – 2008), AlexandreRomanovitch Luria (psychologue 1902 -1977), Alexis Nikolaïevitch Leontiev (psychologue 1903 -1979), Jerome Seymour Bruner (psychologue 1915 – 2016) est décédés à l’âge de 100 ans.

Jerome Bruner était un Psychologue américain spécialiste de l’apprentissage et de la cognition chez l’enfant.

Jerome Seymour Bruner naît à New York le 1er octobre 1915. Orphelin de père à l’âge de douze ans, il accomplit ses études à l’université Duke, à Durham, en Caroline du Nord (licence en 1937), puis à Harvard, dont il sort docteur en psychologie en 1941. Après la Seconde Guerre mondiale où il a servi comme spécialiste de la guerre psychologique en France, Bruner retourne à Harvard en 1945 et y devient professeur de psychologie en 1952. De 1960 à 1972, il dirige également le département des études cognitives de l’université, puis quitte Harvard pour enseigner la psychologie expérimentale à l’université d’Oxford (1972-1980). Il devient ensuite professeur à la New School for Social Research de New York, tout en étant attaché à l’Institut des sciences humaines de l’université de New York.

Les travaux de Bruner contribuent à faire entrer dans la réalité des salles de classe la théorie de Jean Piaget sur les stades du développement cognitif. Son ouvrage le plus célèbre The Process of Education (1960) sert de socle à l’ambitieuse réforme de l’enseignement entamée à cette époque aux États-Unis. L’argument principal du psychologue est que les enfants peuvent apprendre n’importe quoi, quel que soit leur stade de développement, du moment que l’objet d’étude est abordé de façon adaptée. Bruner estime ainsi que les enfants ont tous une curiosité naturelle qui les encourage à maîtriser diverses activités d’apprentissage. Cependant, quand l’activité qui leur est proposée leur paraît trop difficile, ils sont gagnés par l’ennui. L’enseignant doit donc présenter l’objet d’étude à un niveau qui corresponde au stade de développement cognitif de ses élèves, et le stimule. En matière de perception, Bruner conclut de ses travaux que chaque enfant est influencé de manière significative par son système de valeur. Son travail porte en particulier sur la psychologie de l’éducation. Il fut l’un des premiers découvreurs de « Pensée et langage » de Vygotski et s’est nourri de Piaget et Meyerson.

Les thérapies narratives doivent beaucoup aux idées de Vygotski et également celles de Jerome Bruner notamment « Pourquoi nous racontons-nous des histoires » (2002) :

Cet ouvrage, d’une petite centaine de pages, fait suite à une série de « Lezioni Italiane », de conférences données par un visiteur étranger à l’université de Bologne sur un sujet de son choix. Jérôme Bruner a inscrit son exposé dans les idéaux de cette université, qu’il qualifie de scepticisme interprétatif. Ses travaux semblent trouver un écho particulier dans la tradition de cette université : « j’ai toujours été fasciné par ces problèmes d’interprétation, et je les retrouve à Bologne à la fois au cœur de la littérature et de la loi ». Une dizaine d’années après « Car la culture donne forme à l’esprit », Bruner poursuit dans ce nouvel ouvrage son œuvre de conceptualisation d’une psychologie culturelle, dont il dit qu’elle doit s’appuyer, non seulement sur ce que les gens font réellement, mais aussi sur ce qu’ils disent qu’ils font et sur ce qu’ils disent des raisons qui les ont poussés à faire ce qu’ils ont fait.

Les idées de Bruner se fondent sur la catégorisation, ou « Comprendre comment l’homme construit son monde », partant du principe que l’homme interprète le monde en termes de ressemblances et différences.

Un essai brillant qui prend au sérieux les « histoires que nous racontons » et en explique les ressorts profonds.

Cet essai, publié initialement en anglais et en italien, est le prolongement de conférences données à l’université de Bologne durant le printemps 2000. Jerome Bruner étudie ici les usages cognitifs du récit. Non pas en tant que création littéraire et artistique, mais bien en tant que mode de pensée permettant de mettre en forme l’expérience humaine et de la transmettre comme culture, de donner du sens aux actions humaines, de les valoriser comme modèles ou contre-modèles…

Pour développer son analyse, il passe en revue trois domaines où les récits occupent une place tout à fait centrale : la littérature (fiction et autobiographies), le droit et la vie quotidienne. Il émaille son propos de références puisées dans le patrimoine littéraire mondial et d’analyses de cas développées par la recherche en sciences humaines. La capacité de l’auteur à mobiliser des ressources savantes si différentes et à les mettre en résonance est tout à fait impressionnante.

En interrogeant les formes et les usages du mode narratif, Jerome Bruner veut nous faire prendre conscience des dimensions culturelles de nos discours sur le monde, sur le passé ou l’avenir, sur les autres ou nous-mêmes. Il porte un nouveau regard, stimulant et profond, sur notre condition d’êtres éminemment culturels.

Nous tenions à rendre hommage à l’homme et à honorer sa pensée, son oeuvre.