Carte du Maraudeur

« Mais que vient faire ici la carte du maraudeur d’Harry Potter ? », me direz-vous !
– Un peu de patience, laissez moi vous rappeler cette carte qui n’est utilisée ni par M.White, ni par D.Epston.
Cette carte est un parchemin vierge tant qu’il n’est pas activé par les mots « Je jure solennellement que mes intentions sont mauvaises. » Pour effacer la carte il faut prononcer « Méfait accompli » . Activée la carte montre l’ensemble du château, les passages secrets et les silhouettes de tous ses occupants qui se déplacent. C’est une sorte d’hologramme qui fait apparaître gens et choses significatifs à ce moment de l’intrigue. Cette carte permet par exemple au jeune Harry Potter de rejoindre Pré-au-Lard, endroit de tous les délices et de toutes les rencontres.
La carte du maraudeur permet de visualiser tout ce qui se déplace et qui n’est pas dans le champ de vision. De la même façon la carte de l’absent implicite repère ce qui est actif de manière latente dans le discours du patient.
Bien sûr nous devons changer les mots d’activation pour une phrase qui résume notre posture de thérapeute narratif et le rôle moteur du patient !
Il paraît également souhaitable de clore l’utilisation de la carte de l’absent implicite de telle sorte que le cadre de la thérapie soit bien établi et respecté.
Dans les deux cas la carte semble faire preuve de volonté et de discernement dans ce qu’elle décide de faire apparaître (ou dans l’implicite qu’elle révèle). Mais est-il nécessaire de comprendre pour que la magie opère ?
La métaphore a des limites puisque pour Harry la carte montre plutôt des obstacles tandis que, pour notre patient, elle indique des points d’inflexion de l’histoire dominante saturée.
Les liens esquissés ici entre le monde de Harry Potter et la cartographie narrative ont deux intérêts :
– rappeler que les mythologies contemporaines sont très actives pour une grande partie de la population et qu’elles offrent des trames narratives, discursives, des métaphores et des prolongements philosophiques précieux pour nos thérapies ;
– mettre l’accent sur les déplacements incessants des signifiants des discours des patients et des thérapeutes. Les paysages narratifs sont extrêmement labiles, mouvants, évolutifs comme les points sur la carte du maraudeur…

La co-(re)construction d’une identité narrative par le questionnement socratique de l’implicite, la mesure des écarts et des différences nous conduit à lire certains textes de Jacques Derrida. Ce sera le sujet d’une deuxième partie.

Biblio :

  • Philosophie Magazine Hors-Série N°31 Harry Potter à l’école des philosophes
  • « Les mots étaient  à l’origine magiques  » Steve de Shazer, Satas, 1999